Amours Orgies et Vie publique

 

La jeune femme, dont Julius était tombé amoureux à quatorze ans et qu'il n'a pu épouser, est toujours présente dans sa vie. Il y tient et vous en parle à la première personne.


Au point de vue politique, Julius vise la charge de Pontife. Que pensez-vous qu'il doive faire pour l’obtenir ? Découvrez-le dans cette passionnante histoire !


Cet eBook est le quatrième de la série Julius Caesar. Il est tiré de " Servilia ou les Mémoires de Jules César ", obtenant le prix international Jean Monnet en 1999 ainsi que la médaille de la présidence italienne.

Rendez-vous secret



Puisque je ne pouvais pas épouser Servilia et me libérer impunément de Cornelia, à qui du reste, je vouais toujours une affection inchangée, je persuadai Servilia de passer quelques jours avec moi, dans un lieu caché, loin de Rome.


Je choisis un coin à proximité de la côte, un peu au sud d'Ostie, où j’étais certain que nous ne rencontrerions pas de connaissances. Inutile d'exposer Servilia et moi-même à des commentaires malveillants.


Cornelia était la femme la plus compréhensive et la plus dévouée. Cependant, un minimum de respect pour celle qui était mon épouse m'empêchait de dépasser certaines limites.


Pendant que je me rendais, dans un char couvert, vers le lieu où nous nous étions fixés rendez-vous, je réfléchissais qu'il n'était pas élégant de tenir ainsi Servilia à ma disposition.


En fin de compte, c'était une femme du plus haut patriciat, qui exposait pour moi sa réputation, ceci d'autant plus qu'à présent, elle n'avait pas de mari.


Si son frère Cœpion la défendait avec acharnement, toujours prêt à l'excuser auprès du jeune Caton, ce dernier, au cas où il découvrirait notre fugue, serait capable de faire un scandale. Porcius Caton, malgré son jeune âge, était un homme avec qui il fallait compter. Je me demandai quel prétexte Servilia avait bien pu lui donner.


Un jour, me dis-je, j'épouserai Servilia. Le jour où je serai couvert de gloire comme Pompée, ou riche comme Licinius Crassus, ou bien nanti d'une juste dose de gloire et de richesse comme Lucullus.


Mais un tel dessein contenait quelque chose qui me semblait ne pas s'accorder au caractère de Servilia. Quelque chose qui me laissait un goût amer.


J'aimais Servilia désespérément et en même temps, j'éprouvais de la gêne. Amour et gêne m'avaient accompagné dès l'instant où je l'avais connue. Ces sentiments me poussaient à la fuir de mille façons dès que leur poids me devenait excessif.


Alors je quittais Rome, je me jetais dans les bras d'une fille ou d'un garçon, je faisais des projets qui intéressaient tout l'empire... Puis je me retrouvais face à moi-même et à la femme qui était une part de moi-même, de ma chair vive, la femme dont la pureté et l'intégrité m'écrasaient.


Je l'aimais et la fuyais tout à la fois. Je l'aimais et cherchais presque à la rendre moins pure, moins intègre, la souillant de ma vie équivoque, la mettant dans des situations fausses et indignes d'elle.


Cependant, chaque fois que je rentrais au port, entre ses bras, je me sentais à nouveau vierge comme un enfant. Et alors, je ne voulais plus rien savoir, sinon que j'étais bien où j'étais et que je ne voudrais jamais plus m'en éloigner.


Je ne parvenais pas à me comprendre, je me voyais coupé en deux : d'un côté l'homme assoiffé de gloire, dévoré par l'ambition, par le désir incurable d'agir, d'écraser, de comprimer le monde dans ses mains, à imprimer au rocher de Sisyphe un mouvement de son choix.


De l'autre, l'homme qui aspirait à la paix, à la contemplation, à l'amour plein et tranquille, un océan d'amour... Je me trouvais au bord d'un tel océan et ses vagues me repoussaient.


Tandis que j'avançais, dans le roulement lent et paisible du carrosse, ponctué du geignement des roues, je réfléchissais et rêvassais de la sorte.


Les pensées se pressaient dans ma tête, telles des Erinnyes vengeresses1. Je sentais la fièvre monter dans mes veines. N'y tenant plus, je me levai d'un bond pour observer le paysage.


Grâce aux dieux, nous étions près du but. Le carrosse emprunta une route latérale, au pavé disjoint, et commença à gravir une pente douce au milieu des bois. Maintenant que j'étais si près du but, il me semblait que chaque instant équivalait à une éternité.


Enfin, le carrosse s'arrêta devant une auberge entourée d'arbres séculaires. Le soir tombait. M'enveloppant dans mon manteau, je sautai à terre. Je laissai au cocher le soin d'annoncer mon arrivée à l'aubergiste.


Je m'élançai en haut des escaliers et poussai la porte de la pièce centrale, qui était la meilleure. Je vis les effets de Servilia étalés sur une commode, mais aucun signe de sa présence. Le cœur en tumulte, je m'arrêtai sur le seuil, fouillant la pièce du regard.


Puis Servilia parut dans l'encadrement de la porte-fenêtre, qui ouvrait sur le balcon. Elle était vêtue d'un manteau bleu nuit, qui faisait ressortir sa chevelure cuivrée.


Je m'élançai vers elle comme fou, je la saisis dans mes bras, l'enveloppai de mon propre manteau, l'étreignant comme si j'avais trouvé l'ancre de mon salut, ou comme si j'eus voulu l'absorber en moi-même.


...

Sur Amazon

ou

Dans le iBookstore

Sur Amazon

ou

Dans le iBookstore